Traitement Bio Anti-Varroa 2019

Une mise à jour des traitements Bio contre la Varroa.
Ce que je fais ces dernières années:
  –  quand il n’y a pas de couvain operculé : série d’essaims avec reines commençant juste à pondre, ou bien arrêt de ponte hivernal, je fais un traitement à l’acide oxalique (dans le 1° cas en sirop par dégoutement, dans le 2° par sublimation).
  –  Et chaque fin d’été je traite toutes mes ruches: après l’avoir fait avec l’Apiguard, puis ces dernières années avec l’ Apilife.
 –  J’ai commencé en cette fin août 2019 avec le varromed (3 passages à 6 jours d’intervalles).

Questions à un apiculteur

Dans le cadre d’un TPE sur le sujet « Disparition des Abeilles », une lycéenne a envoyé un questionnaire à Jérôme.

Voici ses réponses.

Où sont situées vos ruches ?

Autour de chez moi pour l’hivernage, et pour faire des essaims, en zones dites sauvages, ou de cultures biologiques pour les productions de miel.

Vos ruches sont-elles infestées par le varroa – en grande ou petite quantité? Si oui, quel traitement utilisez-vous?

Elles vivent  avec le varroa depuis son arrivée dans la région (début 1985).
Depuis il y en a toujours, plus ou moins selon les années et mes « soins » (observation : ceux qui pensent leurs ruchers indemnes de varroas n’ont pas bien cherché!)
J’ai essayé,  je crois, toutes les attitudes et  tous les traitements possibles en bio, et actuellement j’utilise :

apiguard (thymol) en septembre, acide oxalique (en quantité très faible, c’est un produit que les abeilles connaissent bien car il y en a dans le miel) en début d’hiver, quand minimum de couvain, et au printemps quand je fais de nouveaux essaims et qu’il n’y a pas encore de couvain operculé, plus fonds complètement grillagés, ..etc.

Devez-vous traiter vos abeilles avec des antibiotiques?

Non, étant en bio depuis mes débuts, par conviction (le AB n’existait pas du tout encore..!), je me devais d’agir autrement  C’était délicat, d’autant plus que je suis aussi agent sanitaire apicole, nommé par le préfet, depuis les années 80 et qu’en ces temps là les antibiotiques c’était automatique…

Avez-vous des pièges à frelons? Si oui, est-ce efficace?

Oui, et ça aide bien, mais la pression du Velutina n’est pas encore très forte dans l’Aude ou l’Ariège.. mais au point où nous en sommes ce n’est qu’un « problème » de plus même si c’est assez dramatique .

Avez-vous observé une surmortalité de vos abeilles?
Si oui, pour vous, quels sont les facteurs (pesticides, OGM, virus, thèses à écarter?)

Cette question me semble surréaliste, peut-être que je me fais vieux?? mais aussi après plus de 30 ans d’apiculture on a un autre regard sur ce qui se passe en ce moment que vous ou vos professeurs; vous n’avez pas le mien et je n’ai pas le votre. Alors, oui il y a surmortalité, mais aussi durée de vie des abeilles plus courte, et surtout la durée de vie des colonies d’abeilles (l’individu chez Apis mellifera est en fait la colonie et non l’abeille) de part une durée de vie des reines plus courte (environ 2 ans en moyenne actuellement, 3 ans pour les miennes, pour environ 4 ans comme toujours, auparavant, et encore il y a 30 ans), et, tout aussi grave, la difficulté grandissante de reproduction naturelle de ces reines.
Jj’ai moins de mortalité que certains collègues (sans doute lié aux méthodes de renouvellement des colonies, et aux ruchers de production évitant les cultures dites conventionnelles, pleines de pesticides), environ 30 % au lieu de 40 à 50 % ou même plus, mais quand même bien trop : il y a 30 ans il y avait 5 % de pertes hivernales, et 2 à 3 % de pertes diverses….

Les facteurs, partant du plus grave puis par décroissance:

  • Les pesticides sur cultures, bâtiments d’élevage, ..etc, et leur accumulation, et les effets de synergies quand plusieurs types de molécules sont utilisées alors que leurs « AMM » n’ont été délivrées qu’ après une étude individuelle de chacun, et encore quand il y a de vraies études indépendantes ce qui est rarissime. Beaucoup à dire là dessus, mais ce ne serait plus des réponses à un questionnaire! Action directe, et indirecte, les deux à court, moyen et long terme.
  • Le Varroa, (parasite à l’origine d’Apis Cerana*, dans l’île de java, mais l’homme ayant déjà voulu jouer à l’apprenti sorcier vers 1950, il est maintenant là presque partout, et plus grave qu’un parasite). Action directe et indirecte, à moyen et long terme (le côté indirect étant l’affaiblissement des colonies et les plaies facilitant l’entrée des virus).
  • Le changement climatique : je suis surpris qu’il n’en est pas fait mention: il y a réchauffement (visible ici l’été, surtout depuis 2003) et légère augmentation d’amplitude des extrêmes (températures, précipitations, vents, rayonnement,en + et en -) or l’abeille s’est développée parallèlement aux plantes à fleurs (évidement…) dans leur écosystème, et celui-ci est en fait très sensible  (ex.: miellée d’acacia en Ariège, fin mai : elle s’arrête si ça dépasse 29°, idem pour le châtaignier, fin juin, à partir de 35° et donc 1° de plus peut changer beaucoup de choses, c’est ce qui se passe de + en +). Action indirecte (car sur les plantes,  l’eau,..) à court, moyen et long terme.
  • Zones de grandes cultures : monocultures et périodes de disettes artificielles en pleine saison de développement pour les abeilles.
    Ce point, et le premier font que l’on constate un meilleur état des colonies dans les grandes villes que dans ces zones de grandes cultures. Action indirecte à court et moyen terme, tant qu’il y a ces monocultures sur de grandes surfaces.
  • Les apiculteurs: ce sont aussi des humains, avec tous leurs défauts, et leurs « brebis galeuses »: trois ont notamment croisé Mélifera avec Cerana il y a 60 ans *, depuis d’autres font des croisements et des importations de tous les coins du monde, parfois pour gagner quelques mois de début de production alors qu’on perd des années de vie…d’autres mettent pesticides ou antibiotiques dans leur ruches…etc. Action directe et indirecte, à court et moyen terme. mais je ne le met qu’en 5° position car par expérience j’ai pu observer que la nature reprend le dessus si on lui en donne la possibilité, même s’il faut plusieurs générations de reines pour cela, et puis il y a aussi des pertes (les 30%) même si on est en bio depuis longtemps…
Je ne met pas les OGM ni les virus car:
  • Pour les OGM, il n’y a a (heureusement) pas encore assez de cultures de plein champs pour être la cause de ce qu’on observe sur les abeilles.
  • Pour les virus, c’est le contraire, ils y étaient avant ces surmortalités, et les abeilles se portaient très bien. Ils se développent plus maintenant que les abeilles sont affaiblies, qu’il y a des failles dans la chitine (dues au varroa), mais surtout en corrélation de l’action de certaines molécules des pesticides; ce dernier point fait que c’est non seulement les abeilles mais tous les insectes pollinisateurs (et notamment les braves « Bombus ») qui butinent  les fleurs des champs ou aux alentours des bâtiment d’élevage, qui sont en péril. Bref les virus sont un symptôme visible mais pas une cause au sens propre.
Craignez-vous une disparition imminente des abeilles?
Je n’ose pas y penser vu ce que ça voudrait dire pour notre planète, et nos enfants, mais ce risque est bien là maintenant, non seulement pour les abeilles mais pour toutes la faune pollinisatrice.
Pour vous, quelles seraient les conséquences (sur l’environnement,  l’économie et autres…)?
Là aussi je n’ose pas y penser.
Les chiffres indiqués ça et là (quelques milliards de dollars) ne veulent rien dire car les bouleversements directs et indirects, économiques (on est bien présomptueux de parler d’économie dans un tel scénario) et sociaux (/ manger et / monopole puisque ne pourront plus exister que des succédanés OGM de plantes à fleurs) ne pèseront pas lourd en face du bouleversement écologique provoqué par la disparition de ces insectes et des plantes à fleurs.
En vous remerciant par avance de l’attention que vous porterez à notre demande,
Valentine (et son groupe de TPE)

Traitement bio contre le Varroa

Un lecteur de notre blog nous a écrit :

Comment lutter contre le Varroa ?
Pour ma part j’ai arrêté de traiter depuis cinq ans.
Mais j’ai quelques soucis un peu moins depuis que je suis passé en plancher complètement ouvert.
Mais voilà je me pose la question suivante : nos abeilles finiront elles par lutter seul contre le Varroa ?
Pour ma part je m’efforce de garder des essaims très fort avant l’hivernage et je leur laisse une hausse de miel car ici en tarn et garonne il est de coutume de nourrir au sirop. Pour moi c’est bof – on a oublié que les abeilles mangent du miel a mon avis.
Merci de votre réponse et désolé pour ce long message.

Bonjour,
J’ai essayé beaucoup d’attitudes différentes / Varroa depuis son arrivée dans l’Aude en 1985 (ça ne me rajeunit pas..!) ; Je n’ai toujours pas de bonnes solutions, seulement des « pis-allé », ainsi que des planchers ouverts..etc.
Actuellement mon « pis-allé » c’est un des traitements bios : Apiguard (Thymol en gel) en septembre et un peu d’acide oxalique fin décembre si belles journées (pas sur les ruches faibles).
La seule intervention qui apparaît très efficace et sans aucun effet négatif sur la colonie, c’est lorsque je fais des séries d’essaims (bien populeux) : je fais là aussi un passage à l’acide oxalique après le début de ponte des jeunes reines qui viennent de se faire féconder mais avant que ce premier couvain ne soit operculé.
Je ne peux pas me permettre de ne pas intervenir / varroa, l’apiculture étant ma passion mais aussi mon seul revenu…et il y a pas mal d’autres apiculteurs dans le coin, on est responsable de ça aussi, même si ces « autres » sont eux-même parfois responsables d’autres dégâts (génétiques, reines ne vivant qu’un an ou deux, ..etc).
Laisser des provisions de miel est une bonne chose pour la colonie (surtout si elle est bien populeuse), mais ne change rien / développement du varroa.
Amitiés apicoles,
Jérôme Sarre.