Comment reconnaître un vrai miel bio français ?

Depuis que je produis du miel bio dans l’Aude et l’Ariège, j’entends souvent la même question : « Comment être sûr que le miel que j’achète est vraiment bio et vraiment français ? » C’est une bonne question, et la réponse mérite qu’on s’y attarde.

Le label AB ne garantit pas l’origine française

C’est le point qui surprend le plus. Un pot de miel peut porter le logo AB — Agriculture Biologique — et contenir du miel importé de Chine ou de l’Amérique du Sud, conditionné en France. Légalement, c’est autorisé, à condition que le miel importé respecte le cahier des charges biologique du pays d’origine.

Ce qu’il faut regarder sur l’étiquette : la mention d’origine, au dos du pot. Cherchez « Récolté en France » ou « Produit en France », pas seulement « Conditionné en France ». Cette dernière formulation peut cacher un miel d’importation mis en pot sur le territoire français.

Les 5 questions à poser avant d’acheter

Après cinquante ans de métier, voici ce que je demanderais à n’importe quel apiculteur ou vendeur :

1. Qui a produit ce miel ? Est-ce l’apiculteur lui-même, ou un intermédiaire qui achète à plusieurs producteurs ? Un apiculteur-récoltant connaît chaque rucher, chaque miellée, chaque récolte. Un revendeur, pas toujours.

2. Où se trouvent les ruches exactement ? Un vrai producteur peut vous nommer les communes, les plateaux, les vallées. Chez nous, nos ruchers sont dans les Corbières, l’Ariège et les piémonts pyrénéens. Ce n’est pas un secret — c’est notre fierté.

3. Le miel a-t-il été chauffé après extraction ? Chauffer le miel au-delà de 40°C détruit une grande partie de ses enzymes et de ses arômes. Un miel brut, non chauffé, va naturellement cristalliser. Si un miel reste parfaitement liquide après 6 mois en pot, posez-vous la question.

4. En quelle année a-t-il été récolté ? Un miel de qualité a un millésime. Nous indiquons l’année de récolte sur chaque pot. Ça peut paraître anecdotique, mais c’est un gage de traçabilité sérieuse.

5. L’exploitant est-il contrôlé chaque année ? En apiculture biologique certifiée AB, les ruchers et la miellerie font l’objet de contrôles annuels par un organisme certificateur indépendant, parfois avec des visites inopinées. Ce n’est pas une simple déclaration sur l’honneur.

Ce que la cristallisation vous dit

Un miel qui cristallise n’est pas un miel de mauvaise qualité — c’est souvent le signe inverse. La cristallisation est un processus naturel qui dépend de la composition florale du miel :

  • Le miel d’acacia ou de sapin, riche en fructose, peut rester liquide pendant un à deux ans.
  • Le miel de romarin ou de bruyère cristallise en quelques semaines.
  • Le miel de tournesol devient solide très rapidement après l’extraction.

Un miel qui reste toujours liquide, toutes variétés confondues, a probablement subi un traitement thermique.

Pourquoi l’Aude et l’Ariège produisent un miel exceptionnel

Je ne dis pas cela par chauvinisme. La frontière entre ces deux départements offre quelque chose de rare : trois influences climatiques qui se croisent — méditerranéenne, atlantique et montagnarde. Cela se traduit par une diversité florale exceptionnelle, des floraisons échelonnées, et des miels au profil aromatique très distinct selon les ruchers.

Le romarin des Corbières, la bruyère des garrigues, les fleurs de montagne des Pyrénées ariégeoises : chaque emplacement donne un miel différent, traçable, unique.

Comment acheter un miel bio français en direct producteur

Le moyen le plus simple de s’assurer de l’origine et de la qualité d’un miel, c’est d’acheter directement à l’apiculteur. Pas d’intermédiaire, pas d’assemblage opaque.

Notre production de la Miellerie du Bousquet est disponible en ligne sur mielbio.fr — miel d’acacia, de bruyère, de montagne, de forêt, de romarin — tous récoltés dans nos ruchers de l’Aude et de l’Ariège, certifiés AB depuis 1988.

Si vous avez des questions sur notre façon de produire, ou sur les miels que vous trouvez en magasin, posez-les en commentaire ci-dessous. Je réponds personnellement.

Miel recolté à froid … vraiment ?

J’ai trouvé cela aujourd’hui sur google comme premier résultat.
Sur l’étiquette, on doit avoir la mention « récolté à froid » (sic!) Vraiment ??

Peut-on récolter à chaud ? Ce n’est pas une mention légale sur les étiquettes en France.

Déjà la mention « extrait à froid » est du marketing. On ne peut pas extraire du miel à chaud, parce que la cire va fondre si on chauffe pendant extraction.

Par contre on peut chauffer le miel après l’extraction, pour plusieurs raisons.

  • Pour le faire couler plus vite
  • Pour le filtrer plus vite
  • Pour permettre une filtration plus fine (« microfiltration »)
  • Pour une mise en pots plus facile et rapide
  • Pour une mise en pots plus tard pour défiger un miel déjà cristallisé.

Nous ne faisons rien de tous cela.

Chez nous c’est un miel brut, cru, qui n’a jamais été chauffé. Vous pouvez le commander directement sur mielbio.fr.

Abeilles nourries au sucre ?

Une lectrice nous a écrit :

Hello! J’ai entendu dire que si le miel était solide c’est que les abeilles avaient été nourries avec une sucre indus, qu’elle avaient donc été aidé. Donc jusque là je le basais là dessus pour acheter mon miel et je ne le voulais que liquide.
Comment voir si un miel a été nourri avec des ajouts de sucre indus?
Merci

 

« Abeilles nourries au sucre, se retrouvant ensuite dans leur miel et le rendant solide ? ». Il y a en fait beaucoup de questions dans ces quelques mots, ouvrant sur d’autres bien complexes aussi !

Voici quelques éléments de réponses :
* Tous les miels « cristallisent » naturellement plus ou moins vite selon les plantes ou arbres butinés et la température ambiante après la récolte. Cela peut prendre quelques jours ou semaines (notamment s’il y a du colza ou autres crucifères), quelques semaines à quelques mois (ex: romarins, bruyères blanches..), quelques mois (ex: châtaigniers, rhododendrons..) ou parfois plus (ex: acacia, sapin).

On trouve beaucoup de miels liquides en vente mais (…) Continuer la lecture de « Abeilles nourries au sucre ? »

Le Miel entre son extraction à la miellerie et sa mise en pot « prêt pour la vente »

En réponses à quelques questions sur cette étape, avec chauffage ou non, ensemencement ou non, …etc, posées par

Daniel ( travaillant dans un magasin bio et voulant reconnaitre les « bons » miels) qui demande, après avoir lu articles du 27.06 10 et du 04.11.10, des précisions sur chauffage et décantation et sur les questions à poser aux fournisseurs de miels pour s’assurer de leur qualité.

Et  Romain (en formation pour apiculteurs) sur la cristallisation de mes miels et d’ éventuels défigeages  :

–  Les questions à poser:  principalement  < en quelle année ce miel a-t-il été récolté et quel(s) chauffage(s) a-t-il subi ? > mais il faut espérer avoir une réponse honnête du fournisseur…

S’il sagit d’un miel français encore liquide entre janvier et mai (janvier et l’été pour un miel d’été) c’ est qu’il a été chauffé, sauf si miel de Châtaignier ou de Rhododendron parfois encore liquide en janvier, et d’Acacia ou miel de miellat (t.q Sapin) parfois liquide jusqu’à l’hiver suivant, ou même plus.

Par contre, difficile pour un néophyte de savoir en été si un miel liquide a été chauffé (sauf s’il a plus d’un an, mis à part Acacia et Miellats). Le mieux serait alors de le faire goûter à un apiculteur expérimenté, ou de faire analyser le taux d’HMF dudit miel.

– Ce que je fais / chauffage-cristallisation-ensemencement :

La méthode ancienne, qui respecte le plus le miel et son évolution naturelle, tout en utilisant les outils actuels (déshumidificateur, cave climatisée…) : Pas de chauffage du miel (et donc pas de défigeage), décantation longue, puis mise en pot avant cristallisation. Pas d’ensemencement non plus, je préfère laisser chaque miel trouver sa propre texture naturellement (à part 2 ou 3 essais ponctuels ).  C’est sans doute une des raisons qui m’ont permis de gagner beaucoup de médailles au concours général agricole quand j’y ai participé, dans les années 90. Voila, c’est un peu compliqué notamment pour la gestion des stocks : les récoltes étant mises en pots avant le début des ventes, et en plus nous indiquons l’année de récolte sur l’étiquette. Pas du tout à la mode de ces dernières années, mais nos clients y prennent goût et en redemandent !

Combien de temps se conserve le miel ?

Suite à des questions sur la conservation des miels, et en particulier le miel de Callune, j’ai demandé à mon mari d’écrire une réponse claire mais attrayante : le résultat n’est pas ce qu’il a fait de mieux ! Surtout concernant le côté attrayant.., sans doute est-ce dû à la fin de saison qui traîne encore, mais les règles de base y sont et c’est pourquoi je le publie dans le blog, en espérant pouvoir vous proposer une autre mouture, plus sympa, dans l’hiver.

Les miels en général se conservent bien, de part leur faible teneur en eau, en général en dessous de 20%, et de part leur composition qui, par ailleurs, leur confèrent naturellement des propriétés antiseptiques et bactériostatiques.
Un pot de miel (en verre, non entamé), à 18% d’eau, gardé à une température stable d’environ 14°C se conservera bien au moins 4 ou 5 ans. C’est pourquoi nous avons construit une cave de stockage pour nos miels, les gardant à ce niveau de température et d’hygrométrie.
La teneur en eau des miels varie selon leurs origines florales et leurs conditions de production et d’extraction; ils doivent avoir moins de 20% d’eau (Décret du 30.06.2003, auparavant la limite était à 21%), sauf pour les miels de Callune qui doivent avoir moins de 23% d’eau.
Cas particulier du miel de Callune: il a naturellement une teneur en eau et en oligoéléments plus élevée que les autres miels, raison pour laquelle nous le mettons en pot rapidement après son extraction, et le rangeons directement dans notre cave d’où il ne sort que lorsque nous l’envoyons pour la vente.
Nous vous conseillons de le stocker à l’abri de la chaleur; Une fois le pot entamé, le garder au frais et bien refermé.
Question d’un client: « Au frigo » ?  Réponse:  oui, notamment si l’on fait durer le plaisir en n’y goûtant qu’un peu chaque jour!

Miels de Cru

Question :
On ne peut pas obliger les abeilles à butiner telle ou telle fleur! Alors comment faites-vous par exemple pour faire du miel de romarin ?

En effet, on ne peut pas obliger les abeilles ! Mais on peut placer les ruches au bon moment et aux bons endroits  pour qu’elles aient à proximité de chez elles, des fleurs à butiner à volonté. C’est tellement tentant et satisfaisant qu’elles ne pourront pas y résister ! Pour le romarin par exemple, nous installons nos  ruches sur un magnifique plateau sauvage des Corbières, proche de la mer et couvert de buissons de romarin à perte de vue et ce depuis des siècles . ..
Ce que nous faisons pour le romarin, nous l’appliquons aussi pour  » produire  » du miel de châtaignier, de tilleul, d’acacia, de rhododendron, de callune, de montagne, de tournesol, … Cette recherche d’emplacements pour les ruches afin d’obtenir telle ou telle variété de miel représente des années de travail et nécessite une excellente connaissance de la région.. Un goût aussi pour la découverte de la nature… Le but étant de dénicher des emplacements de ruchers au potentiel exceptionnel tout en évitant des déplacements en véhicule trop importants, dans un souci de protection de l’environnement et de développement durable.

Question :
Et comment êtes vous sûr que c’est bien du miel de romarin que vous récoltez au final ?

A nos débuts, nous faisions réaliser des analyses de chacune des variétés récoltées pour confirmer leur appellation. J’ai suivi aussi plusieurs formations pour apprendre à reconnaître les différentes variétés, par leur couleur, leur texture, leur arôme et leur goût bien sûr. Un peu comme on apprend à reconnaître un vin. Trente ans plus tard, j ‘ai rarement  besoin des analyses ! Avant même d’extraire le miel, par son aspect, ses arômes, son goût je sais s’il mérite son appellation. Si jamais j’ai un doute, je le fais analyser par un laboratoire spécialisé. Les traces de pollens présentes dans le miel constituent en effet la signature unique de chaque fleur, comme l’ADN pour les humains…