Bonne année 2012…

Pour chacun,  pour les abeilles et pour notre petite planète.

J’ai pu faire le traitement avec sirop et un peu d’acide oxalique (35 g/l) dans les dates prévues (7,8,9 janvier), ouf, car il y avait de nouveau du couvain, sur le point d’être operculé, et il y en aura jusqu’à l’hiver prochain maintenant. J’ai aussi vu des bourgeons d’amandiers et autres arbres prêts à éclore…

Merci aux quelques contacts qu’il y a eu, et notamment à Anne qui avait proposé de m’aider (mais j’ai eu un coup de main de quelqu’un d’ici, de Villelongue).

A bientôt pour de nouveaux articles,

Jérôme.

Acide Oxalique cet hiver 2011 / 2012

Question de Anne au sujet du traitement à l’acide oxalique en cette fin d’année 2011:

Question application cela va, je le fais depuis deux hivers. Par contre cette année, étant donnée le manque de froid actuel et le redémarrage des pontes qui a eu lieu début novembre suite à un arrêt complet (plus aucun couvain jusque mi novembre)…… je ne sais plus trop quoi faire. L’année dernière on a décalé le traitement à début janvier. Qu’en penses-tu cette année ?

– Les observations varient selon les apiculteurs: par exemple Yann, au sud ouest de Limoux, vient de faire tous ses traitements à l’AO, car quelques belles journées le permettant, et estimation de peu de couvain (ou pas du tout pour certaines colonies), alors qu’en Janvier il y aura reprise de pontes (douceur prévue et les jours commencent à rallonger) et peut-être du sale temps…

– Pour moi (ouest de Limoux, et dans les Corbières) j’ai vu du couvain dans beaucoup de ruches cet automne, jusqu’à la mi-décembre.
Puis sale temps et refroidissement commençant samedi 17 déc, s’aggravant le dimanche 18 et trainant un peu les jours suivants. En plus nous approchions des jours les + courts de l’année, et enfin je ne met plus les tôles fermant le dessous de mes fonds (tous grillagés)avant ce traitement à l’AO..

Tout cela me fait espérer un arrêt de ponte, ou du moins une ponte minimale, vers le 18 décembre, et  donc un intervalle sans couvain operculé commençant le 8 janvier (21 jours à partir du 17 déc au soir).
Par contre, radoucissement commençant ce dimanche, alors que les jours rallongent, d’où vrai risque de reprise de ponte à partir de ce dimanche 1° janvier, ou du lendemain, et début de couvain operculé 9 jours + tard, le mardi 10 ou le mercredi 11 janvier.

Enfin, l’ AO augmentant le taux d’acidité dans la grappe (ce qui tue les VA) durant  au moins 24 h (c’est ce que j’ai entendu..?), mieux vaut commencer 1 jour avant si beaucoup de ruches à faire, ou si fenêtre météo à ce moment. A l’inverse, finir absolument avant le début de risque de nouveau couvain operculé  où seront  la plupart des VA de la colonie……
Dans mon cas, je devrai donc le faire les 8 et 9 janvier, trop juste pour mes prés de 200 colonies, et donc je commencerai le 7, ou même peut-être le 6 après-midi, pour deux emplacements ayant le soleil dans l’après-midi si soleil il y a ….
En tout cas ça sera juste, et je peux comprendre ceux qui l’ont fait + tôt…

PS: je glisse mes tôles de planchers au moment de mon intervention sur les colonies, c’est le moment de les garder fermées, jusqu’en Mars..

Le Miel entre son extraction à la miellerie et sa mise en pot « prêt pour la vente »

En réponses à quelques questions sur cette étape, avec chauffage ou non, ensemencement ou non, …etc, posées par

Daniel ( travaillant dans un magasin bio et voulant reconnaitre les « bons » miels) qui demande, après avoir lu articles du 27.06 10 et du 04.11.10, des précisions sur chauffage et décantation et sur les questions à poser aux fournisseurs de miels pour s’assurer de leur qualité.

Et  Romain (en formation pour apiculteurs) sur la cristallisation de mes miels et d’ éventuels défigeages  :

–  Les questions à poser:  principalement  < en quelle année ce miel a-t-il été récolté et quel(s) chauffage(s) a-t-il subi ? > mais il faut espérer avoir une réponse honnête du fournisseur…

S’il sagit d’un miel français encore liquide entre janvier et mai (janvier et l’été pour un miel d’été) c’ est qu’il a été chauffé, sauf si miel de Châtaignier ou de Rhododendron parfois encore liquide en janvier, et d’Acacia ou miel de miellat (t.q Sapin) parfois liquide jusqu’à l’hiver suivant, ou même plus.

Par contre, difficile pour un néophyte de savoir en été si un miel liquide a été chauffé (sauf s’il a plus d’un an, mis à part Acacia et Miellats). Le mieux serait alors de le faire goûter à un apiculteur expérimenté, ou de faire analyser le taux d’HMF dudit miel.

– Ce que je fais / chauffage-cristallisation-ensemencement :

La méthode ancienne, qui respecte le plus le miel et son évolution naturelle, tout en utilisant les outils actuels (déshumidificateur, cave climatisée…) : Pas de chauffage du miel (et donc pas de défigeage), décantation longue, puis mise en pot avant cristallisation. Pas d’ensemencement non plus, je préfère laisser chaque miel trouver sa propre texture naturellement (à part 2 ou 3 essais ponctuels ).  C’est sans doute une des raisons qui m’ont permis de gagner beaucoup de médailles au concours général agricole quand j’y ai participé, dans les années 90. Voila, c’est un peu compliqué notamment pour la gestion des stocks : les récoltes étant mises en pots avant le début des ventes, et en plus nous indiquons l’année de récolte sur l’étiquette. Pas du tout à la mode de ces dernières années, mais nos clients y prennent goût et en redemandent !

Ruches sédentaires ou pastorales

Un de nos stagiaires m’a posé ces questions :

Pourquoi ne travailles-tu pas avec des ruchers sédentaires? Quelle en est la raison ?
Bénéficier de plusieurs miellées pendant la saison = plusieurs récoltes ? Car pas assez de Variétés florales au même endroit si rucher sédentaire ?
Serait-ce possible de faire de l’apiculture non-transhumante dans l’Aude ?
Est-ce parce que tu produis des miels bio ?

Depuis mes débuts, il y a plus de 30 ans, j’ai rêvé d’avoir d’une part des ruchers « sédentaires », et d’autre part une activité pastorale avec des ruches allant aux romarins en hiver, puis dans les forêts d’acacias d’Ariège, puis dans les forêts de châtaigniers, de sapins, ou de tilleuls, ou en haute-montagne ou sur des tournesols bios,..etc. C’est ce que j’ai fait en ayant des ruchers sédentaires dans les hautes Corbières, pas loin de là où j’habitais, et des ruchers de transhumance pour mes ruches « pastorales ». Mais ensuite j’ai dû déménager et diminuer mon cheptel.

Maintenant, j’ai des ruchers proches pour faire de l’élevage au printemps, puis suivre les jeunes essaims ainsi créés. Ces ruchers me servent ensuite de ruchers d’hivernage pour d’autres ruches. Je n’ai pas vraiment de ruchers sédentaires actuellement, et je ne pourrai en tout cas pas être en majorité sédentaire parce que:
– beaucoup de mes emplacements pour miels de crus ne conviendraient pas en sédentaires (plateaux de romarins désertiques en été, 6 mois de neige en haute montagne…etc).
– il me faudrait bien plus de ruches au total pour récolter ne serait-ce qu’une partie des variétés de miels de crus que je produit, or c’est un peu ma spécificité, et celles de la région…
– certains de mes emplacements sont labellisables en Bio à condition de n’y être qu’au moment de la miellée (certains/ l’acacia, le tournesol bio,..).
– et puis maintenant il y a la présence du frelon asiatique dans la région qui incite en fin d’été / automne à porter des ruches à un rucher plutôt qu’à un autre selon l’infestation, le changement climatique en cours obligeant des changements de lieu de production,…etc

Et ensuite: peut-être en travaillant avec quelqu’un, et sinon plus tard à la retraite, reprendrais-je le choix au moins partiel de ruchers sédentaires..
Voila, j’ai répondu à partir de mes propres ruches et ruchers, le sujet étant si vaste et si complexe, c’est au moins un début de réflexion…

Combien de temps se conserve le miel ?

Suite à des questions sur la conservation des miels, et en particulier le miel de Callune, j’ai demandé à mon mari d’écrire une réponse claire mais attrayante : le résultat n’est pas ce qu’il a fait de mieux ! Surtout concernant le côté attrayant.., sans doute est-ce dû à la fin de saison qui traîne encore, mais les règles de base y sont et c’est pourquoi je le publie dans le blog, en espérant pouvoir vous proposer une autre mouture, plus sympa, dans l’hiver.

Les miels en général se conservent bien, de part leur faible teneur en eau, en général en dessous de 20%, et de part leur composition qui, par ailleurs, leur confèrent naturellement des propriétés antiseptiques et bactériostatiques.
Un pot de miel (en verre, non entamé), à 18% d’eau, gardé à une température stable d’environ 14°C se conservera bien au moins 4 ou 5 ans. C’est pourquoi nous avons construit une cave de stockage pour nos miels, les gardant à ce niveau de température et d’hygrométrie.
La teneur en eau des miels varie selon leurs origines florales et leurs conditions de production et d’extraction; ils doivent avoir moins de 20% d’eau (Décret du 30.06.2003, auparavant la limite était à 21%), sauf pour les miels de Callune qui doivent avoir moins de 23% d’eau.
Cas particulier du miel de Callune: il a naturellement une teneur en eau et en oligoéléments plus élevée que les autres miels, raison pour laquelle nous le mettons en pot rapidement après son extraction, et le rangeons directement dans notre cave d’où il ne sort que lorsque nous l’envoyons pour la vente.
Nous vous conseillons de le stocker à l’abri de la chaleur; Une fois le pot entamé, le garder au frais et bien refermé.
Question d’un client: « Au frigo » ?  Réponse:  oui, notamment si l’on fait durer le plaisir en n’y goûtant qu’un peu chaque jour!

Un essaim à déloger

Essaim qu’il a fallu déloger début septembre 2011, du village de Loupia, près de Villelongue d’Aude

Un essaim s’est installé dans une maison, entre fenêtre et volets. Classique, me direz vous.

Mais quand on découvre que les bâtisses sont 2 à 3 fois plus grandes que celles de nos ruches à cadres, et qu’il faut découper, et redécouper, pour encastrer des parties de couvain et pollen dans ces cadres…

…on comprend qu’on est en face d’une merveille de la nature.

Le transfert dans une ruche a quand même pris 4 h, à 4 puis 3 personnes (Eliane, notre photographe ayant du partir).

On espère que cet essaim se refera une belle vie dans le Chalabrais où il va demeurer maintenant.

Questions à un apiculteur

Dans le cadre d’un TPE sur le sujet « Disparition des Abeilles », une lycéenne a envoyé un questionnaire à Jérôme.

Voici ses réponses.

Où sont situées vos ruches ?

Autour de chez moi pour l’hivernage, et pour faire des essaims, en zones dites sauvages, ou de cultures biologiques pour les productions de miel.

Vos ruches sont-elles infestées par le varroa – en grande ou petite quantité? Si oui, quel traitement utilisez-vous?

Elles vivent  avec le varroa depuis son arrivée dans la région (début 1985).
Depuis il y en a toujours, plus ou moins selon les années et mes « soins » (observation : ceux qui pensent leurs ruchers indemnes de varroas n’ont pas bien cherché!)
J’ai essayé,  je crois, toutes les attitudes et  tous les traitements possibles en bio, et actuellement j’utilise :

apiguard (thymol) en septembre, acide oxalique (en quantité très faible, c’est un produit que les abeilles connaissent bien car il y en a dans le miel) en début d’hiver, quand minimum de couvain, et au printemps quand je fais de nouveaux essaims et qu’il n’y a pas encore de couvain operculé, plus fonds complètement grillagés, ..etc.

Devez-vous traiter vos abeilles avec des antibiotiques?

Non, étant en bio depuis mes débuts, par conviction (le AB n’existait pas du tout encore..!), je me devais d’agir autrement  C’était délicat, d’autant plus que je suis aussi agent sanitaire apicole, nommé par le préfet, depuis les années 80 et qu’en ces temps là les antibiotiques c’était automatique…

Avez-vous des pièges à frelons? Si oui, est-ce efficace?

Oui, et ça aide bien, mais la pression du Velutina n’est pas encore très forte dans l’Aude ou l’Ariège.. mais au point où nous en sommes ce n’est qu’un « problème » de plus même si c’est assez dramatique .

Avez-vous observé une surmortalité de vos abeilles?
Si oui, pour vous, quels sont les facteurs (pesticides, OGM, virus, thèses à écarter?)

Cette question me semble surréaliste, peut-être que je me fais vieux?? mais aussi après plus de 30 ans d’apiculture on a un autre regard sur ce qui se passe en ce moment que vous ou vos professeurs; vous n’avez pas le mien et je n’ai pas le votre. Alors, oui il y a surmortalité, mais aussi durée de vie des abeilles plus courte, et surtout la durée de vie des colonies d’abeilles (l’individu chez Apis mellifera est en fait la colonie et non l’abeille) de part une durée de vie des reines plus courte (environ 2 ans en moyenne actuellement, 3 ans pour les miennes, pour environ 4 ans comme toujours, auparavant, et encore il y a 30 ans), et, tout aussi grave, la difficulté grandissante de reproduction naturelle de ces reines.
Jj’ai moins de mortalité que certains collègues (sans doute lié aux méthodes de renouvellement des colonies, et aux ruchers de production évitant les cultures dites conventionnelles, pleines de pesticides), environ 30 % au lieu de 40 à 50 % ou même plus, mais quand même bien trop : il y a 30 ans il y avait 5 % de pertes hivernales, et 2 à 3 % de pertes diverses….

Les facteurs, partant du plus grave puis par décroissance:

  • Les pesticides sur cultures, bâtiments d’élevage, ..etc, et leur accumulation, et les effets de synergies quand plusieurs types de molécules sont utilisées alors que leurs « AMM » n’ont été délivrées qu’ après une étude individuelle de chacun, et encore quand il y a de vraies études indépendantes ce qui est rarissime. Beaucoup à dire là dessus, mais ce ne serait plus des réponses à un questionnaire! Action directe, et indirecte, les deux à court, moyen et long terme.
  • Le Varroa, (parasite à l’origine d’Apis Cerana*, dans l’île de java, mais l’homme ayant déjà voulu jouer à l’apprenti sorcier vers 1950, il est maintenant là presque partout, et plus grave qu’un parasite). Action directe et indirecte, à moyen et long terme (le côté indirect étant l’affaiblissement des colonies et les plaies facilitant l’entrée des virus).
  • Le changement climatique : je suis surpris qu’il n’en est pas fait mention: il y a réchauffement (visible ici l’été, surtout depuis 2003) et légère augmentation d’amplitude des extrêmes (températures, précipitations, vents, rayonnement,en + et en -) or l’abeille s’est développée parallèlement aux plantes à fleurs (évidement…) dans leur écosystème, et celui-ci est en fait très sensible  (ex.: miellée d’acacia en Ariège, fin mai : elle s’arrête si ça dépasse 29°, idem pour le châtaignier, fin juin, à partir de 35° et donc 1° de plus peut changer beaucoup de choses, c’est ce qui se passe de + en +). Action indirecte (car sur les plantes,  l’eau,..) à court, moyen et long terme.
  • Zones de grandes cultures : monocultures et périodes de disettes artificielles en pleine saison de développement pour les abeilles.
    Ce point, et le premier font que l’on constate un meilleur état des colonies dans les grandes villes que dans ces zones de grandes cultures. Action indirecte à court et moyen terme, tant qu’il y a ces monocultures sur de grandes surfaces.
  • Les apiculteurs: ce sont aussi des humains, avec tous leurs défauts, et leurs « brebis galeuses »: trois ont notamment croisé Mélifera avec Cerana il y a 60 ans *, depuis d’autres font des croisements et des importations de tous les coins du monde, parfois pour gagner quelques mois de début de production alors qu’on perd des années de vie…d’autres mettent pesticides ou antibiotiques dans leur ruches…etc. Action directe et indirecte, à court et moyen terme. mais je ne le met qu’en 5° position car par expérience j’ai pu observer que la nature reprend le dessus si on lui en donne la possibilité, même s’il faut plusieurs générations de reines pour cela, et puis il y a aussi des pertes (les 30%) même si on est en bio depuis longtemps…
Je ne met pas les OGM ni les virus car:
  • Pour les OGM, il n’y a a (heureusement) pas encore assez de cultures de plein champs pour être la cause de ce qu’on observe sur les abeilles.
  • Pour les virus, c’est le contraire, ils y étaient avant ces surmortalités, et les abeilles se portaient très bien. Ils se développent plus maintenant que les abeilles sont affaiblies, qu’il y a des failles dans la chitine (dues au varroa), mais surtout en corrélation de l’action de certaines molécules des pesticides; ce dernier point fait que c’est non seulement les abeilles mais tous les insectes pollinisateurs (et notamment les braves « Bombus ») qui butinent  les fleurs des champs ou aux alentours des bâtiment d’élevage, qui sont en péril. Bref les virus sont un symptôme visible mais pas une cause au sens propre.
Craignez-vous une disparition imminente des abeilles?
Je n’ose pas y penser vu ce que ça voudrait dire pour notre planète, et nos enfants, mais ce risque est bien là maintenant, non seulement pour les abeilles mais pour toutes la faune pollinisatrice.
Pour vous, quelles seraient les conséquences (sur l’environnement,  l’économie et autres…)?
Là aussi je n’ose pas y penser.
Les chiffres indiqués ça et là (quelques milliards de dollars) ne veulent rien dire car les bouleversements directs et indirects, économiques (on est bien présomptueux de parler d’économie dans un tel scénario) et sociaux (/ manger et / monopole puisque ne pourront plus exister que des succédanés OGM de plantes à fleurs) ne pèseront pas lourd en face du bouleversement écologique provoqué par la disparition de ces insectes et des plantes à fleurs.
En vous remerciant par avance de l’attention que vous porterez à notre demande,
Valentine (et son groupe de TPE)