Un essaim à déloger

Essaim qu’il a fallu déloger début septembre 2011, du village de Loupia, près de Villelongue d’Aude

Un essaim s’est installé dans une maison, entre fenêtre et volets. Classique, me direz vous.

Mais quand on découvre que les bâtisses sont 2 à 3 fois plus grandes que celles de nos ruches à cadres, et qu’il faut découper, et redécouper, pour encastrer des parties de couvain et pollen dans ces cadres…

…on comprend qu’on est en face d’une merveille de la nature.

Le transfert dans une ruche a quand même pris 4 h, à 4 puis 3 personnes (Eliane, notre photographe ayant du partir).

On espère que cet essaim se refera une belle vie dans le Chalabrais où il va demeurer maintenant.

Questions à un apiculteur

Dans le cadre d’un TPE sur le sujet « Disparition des Abeilles », une lycéenne a envoyé un questionnaire à Jérôme.

Voici ses réponses.

Où sont situées vos ruches ?

Autour de chez moi pour l’hivernage, et pour faire des essaims, en zones dites sauvages, ou de cultures biologiques pour les productions de miel.

Vos ruches sont-elles infestées par le varroa – en grande ou petite quantité? Si oui, quel traitement utilisez-vous?

Elles vivent  avec le varroa depuis son arrivée dans la région (début 1985).
Depuis il y en a toujours, plus ou moins selon les années et mes « soins » (observation : ceux qui pensent leurs ruchers indemnes de varroas n’ont pas bien cherché!)
J’ai essayé,  je crois, toutes les attitudes et  tous les traitements possibles en bio, et actuellement j’utilise :

apiguard (thymol) en septembre, acide oxalique (en quantité très faible, c’est un produit que les abeilles connaissent bien car il y en a dans le miel) en début d’hiver, quand minimum de couvain, et au printemps quand je fais de nouveaux essaims et qu’il n’y a pas encore de couvain operculé, plus fonds complètement grillagés, ..etc.

Devez-vous traiter vos abeilles avec des antibiotiques?

Non, étant en bio depuis mes débuts, par conviction (le AB n’existait pas du tout encore..!), je me devais d’agir autrement  C’était délicat, d’autant plus que je suis aussi agent sanitaire apicole, nommé par le préfet, depuis les années 80 et qu’en ces temps là les antibiotiques c’était automatique…

Avez-vous des pièges à frelons? Si oui, est-ce efficace?

Oui, et ça aide bien, mais la pression du Velutina n’est pas encore très forte dans l’Aude ou l’Ariège.. mais au point où nous en sommes ce n’est qu’un « problème » de plus même si c’est assez dramatique .

Avez-vous observé une surmortalité de vos abeilles?
Si oui, pour vous, quels sont les facteurs (pesticides, OGM, virus, thèses à écarter?)

Cette question me semble surréaliste, peut-être que je me fais vieux?? mais aussi après plus de 30 ans d’apiculture on a un autre regard sur ce qui se passe en ce moment que vous ou vos professeurs; vous n’avez pas le mien et je n’ai pas le votre. Alors, oui il y a surmortalité, mais aussi durée de vie des abeilles plus courte, et surtout la durée de vie des colonies d’abeilles (l’individu chez Apis mellifera est en fait la colonie et non l’abeille) de part une durée de vie des reines plus courte (environ 2 ans en moyenne actuellement, 3 ans pour les miennes, pour environ 4 ans comme toujours, auparavant, et encore il y a 30 ans), et, tout aussi grave, la difficulté grandissante de reproduction naturelle de ces reines.
Jj’ai moins de mortalité que certains collègues (sans doute lié aux méthodes de renouvellement des colonies, et aux ruchers de production évitant les cultures dites conventionnelles, pleines de pesticides), environ 30 % au lieu de 40 à 50 % ou même plus, mais quand même bien trop : il y a 30 ans il y avait 5 % de pertes hivernales, et 2 à 3 % de pertes diverses….

Les facteurs, partant du plus grave puis par décroissance:

  • Les pesticides sur cultures, bâtiments d’élevage, ..etc, et leur accumulation, et les effets de synergies quand plusieurs types de molécules sont utilisées alors que leurs « AMM » n’ont été délivrées qu’ après une étude individuelle de chacun, et encore quand il y a de vraies études indépendantes ce qui est rarissime. Beaucoup à dire là dessus, mais ce ne serait plus des réponses à un questionnaire! Action directe, et indirecte, les deux à court, moyen et long terme.
  • Le Varroa, (parasite à l’origine d’Apis Cerana*, dans l’île de java, mais l’homme ayant déjà voulu jouer à l’apprenti sorcier vers 1950, il est maintenant là presque partout, et plus grave qu’un parasite). Action directe et indirecte, à moyen et long terme (le côté indirect étant l’affaiblissement des colonies et les plaies facilitant l’entrée des virus).
  • Le changement climatique : je suis surpris qu’il n’en est pas fait mention: il y a réchauffement (visible ici l’été, surtout depuis 2003) et légère augmentation d’amplitude des extrêmes (températures, précipitations, vents, rayonnement,en + et en -) or l’abeille s’est développée parallèlement aux plantes à fleurs (évidement…) dans leur écosystème, et celui-ci est en fait très sensible  (ex.: miellée d’acacia en Ariège, fin mai : elle s’arrête si ça dépasse 29°, idem pour le châtaignier, fin juin, à partir de 35° et donc 1° de plus peut changer beaucoup de choses, c’est ce qui se passe de + en +). Action indirecte (car sur les plantes,  l’eau,..) à court, moyen et long terme.
  • Zones de grandes cultures : monocultures et périodes de disettes artificielles en pleine saison de développement pour les abeilles.
    Ce point, et le premier font que l’on constate un meilleur état des colonies dans les grandes villes que dans ces zones de grandes cultures. Action indirecte à court et moyen terme, tant qu’il y a ces monocultures sur de grandes surfaces.
  • Les apiculteurs: ce sont aussi des humains, avec tous leurs défauts, et leurs « brebis galeuses »: trois ont notamment croisé Mélifera avec Cerana il y a 60 ans *, depuis d’autres font des croisements et des importations de tous les coins du monde, parfois pour gagner quelques mois de début de production alors qu’on perd des années de vie…d’autres mettent pesticides ou antibiotiques dans leur ruches…etc. Action directe et indirecte, à court et moyen terme. mais je ne le met qu’en 5° position car par expérience j’ai pu observer que la nature reprend le dessus si on lui en donne la possibilité, même s’il faut plusieurs générations de reines pour cela, et puis il y a aussi des pertes (les 30%) même si on est en bio depuis longtemps…
Je ne met pas les OGM ni les virus car:
  • Pour les OGM, il n’y a a (heureusement) pas encore assez de cultures de plein champs pour être la cause de ce qu’on observe sur les abeilles.
  • Pour les virus, c’est le contraire, ils y étaient avant ces surmortalités, et les abeilles se portaient très bien. Ils se développent plus maintenant que les abeilles sont affaiblies, qu’il y a des failles dans la chitine (dues au varroa), mais surtout en corrélation de l’action de certaines molécules des pesticides; ce dernier point fait que c’est non seulement les abeilles mais tous les insectes pollinisateurs (et notamment les braves « Bombus ») qui butinent  les fleurs des champs ou aux alentours des bâtiment d’élevage, qui sont en péril. Bref les virus sont un symptôme visible mais pas une cause au sens propre.
Craignez-vous une disparition imminente des abeilles?
Je n’ose pas y penser vu ce que ça voudrait dire pour notre planète, et nos enfants, mais ce risque est bien là maintenant, non seulement pour les abeilles mais pour toutes la faune pollinisatrice.
Pour vous, quelles seraient les conséquences (sur l’environnement,  l’économie et autres…)?
Là aussi je n’ose pas y penser.
Les chiffres indiqués ça et là (quelques milliards de dollars) ne veulent rien dire car les bouleversements directs et indirects, économiques (on est bien présomptueux de parler d’économie dans un tel scénario) et sociaux (/ manger et / monopole puisque ne pourront plus exister que des succédanés OGM de plantes à fleurs) ne pèseront pas lourd en face du bouleversement écologique provoqué par la disparition de ces insectes et des plantes à fleurs.
En vous remerciant par avance de l’attention que vous porterez à notre demande,
Valentine (et son groupe de TPE)

Comment developper un rucher

Question :

J’ai un petit rucher sur l’île de la Réunion et voudrais le développer : quelle solution choisir ?

C’est une question très vaste, en entraînant d’autres : arrivez-vous à maintenir votre cheptel en bonne santé  (c’est de + en + difficile, notamment en France), et si oui de combien voulez-vous l’augmenter (je penses qu’il faut y aller progressivement).

  • Pour une légère augmentation (ou pour maintien du cheptel si un peu de pertes): effectuer des divisions de quelques très bonnes ruches en début de période d’essaimage. Pour cela il y a plusieurs méthodes bien expliquées sur Internet. Ça se fait dans le rucher, pas besoin de transhumer, ni de gros préparatifs.
  • Pour une augmentation plus conséquente (ou maintien du cheptel si beaucoup de pertes) : on peut aussi agir par divisions, mais en préparant l’opération en avance et en prévoyant de déplacer les nouveaux essaims à plus de 3 km; les nouvelles reines s’y feront féconder et les abeilles oublieront leur emplacement précédent. Pour cela il faut que les colonies à diviser soient très populeuses, avec beaucoup de couvain (au moins un mois avant, on peut superposer 2 corps et inciter la reine à pondre partout). Il faut prévoir des ruchettes pour les essaims à déplacer (ou sinon ruches avec partitions, mais c’est + lourd et + encombrant) et un emplacement de rucher à 3 km (pour au moins un mois). Description des méthodes là-aussi sur Internet.
  • La 3° solution, c’est celle ci-dessus, mais avec en plus introduction de cellules royales ou de reines, élevées par des ruches éleveuses ou achetées. Là ça devient devient compliqué et la première fois il vaut mieux le faire avec quelqu’un d’expérimenté…

Je vous souhaite bonne chance avec ces essaims, et dernier conseil : voir ce qui se fait traditionnellement dans la région où sont vos ruches.
Amitiés apicoles,
Jérôme Sarre.

Traitement bio contre le Varroa

Un lecteur de notre blog nous a écrit :

Comment lutter contre le Varroa ?
Pour ma part j’ai arrêté de traiter depuis cinq ans.
Mais j’ai quelques soucis un peu moins depuis que je suis passé en plancher complètement ouvert.
Mais voilà je me pose la question suivante : nos abeilles finiront elles par lutter seul contre le Varroa ?
Pour ma part je m’efforce de garder des essaims très fort avant l’hivernage et je leur laisse une hausse de miel car ici en tarn et garonne il est de coutume de nourrir au sirop. Pour moi c’est bof – on a oublié que les abeilles mangent du miel a mon avis.
Merci de votre réponse et désolé pour ce long message.

Bonjour,
J’ai essayé beaucoup d’attitudes différentes / Varroa depuis son arrivée dans l’Aude en 1985 (ça ne me rajeunit pas..!) ; Je n’ai toujours pas de bonnes solutions, seulement des « pis-allé », ainsi que des planchers ouverts..etc.
Actuellement mon « pis-allé » c’est un des traitements bios : Apiguard (Thymol en gel) en septembre et un peu d’acide oxalique fin décembre si belles journées (pas sur les ruches faibles).
La seule intervention qui apparaît très efficace et sans aucun effet négatif sur la colonie, c’est lorsque je fais des séries d’essaims (bien populeux) : je fais là aussi un passage à l’acide oxalique après le début de ponte des jeunes reines qui viennent de se faire féconder mais avant que ce premier couvain ne soit operculé.
Je ne peux pas me permettre de ne pas intervenir / varroa, l’apiculture étant ma passion mais aussi mon seul revenu…et il y a pas mal d’autres apiculteurs dans le coin, on est responsable de ça aussi, même si ces « autres » sont eux-même parfois responsables d’autres dégâts (génétiques, reines ne vivant qu’un an ou deux, ..etc).
Laisser des provisions de miel est une bonne chose pour la colonie (surtout si elle est bien populeuse), mais ne change rien / développement du varroa.
Amitiés apicoles,
Jérôme Sarre.

Où acheter des feuilles cire bio ?

Bonjour,
Apiculteur bio novice au Portugal, il est pratiquement impossible d’acquérir des feuilles de cire bio. Pourriez-vous m’indiquer si en France il est possible d’en acheter, oú et à quel prix.
Merci.

F. Goris
http://www.herdade-valecovo.com

Oui c’est possible, en tapant « cire gaufrée bio » sur internet.
Personnellement j’en fais gaufrer à façon tous les deux ans (pour retrouver ma propre cire) et j’en ai parfois un peu plus et je peux en vendre, mais là ça sera dans l’hiver 2011/2012.
Cordialement, Jérôme Sarre.

Que faire contre la fausse-teigne ?

Question :

J’ai découvert des larves de fausse-teigne sur des cadres non construits de corps de ruche dans mes 2 ruches. 8 sur 2 cadres !
Avez-vous une solution pour un traitement ou dois-je laisser les abeilles se défendre ?

Pour la fausseteigne dans 2 ruches:
Si ce sont des ruches vides, ça n’évoluera plus jusqu’au printemps si on les laisse au froid: à voir + tard.
Si ce sont des ruches peuplées, sortir les cadres vides ou avec peu d’abeilles pour retirer les larves de f-t avec un fil de fer costaud ou un tournevis fin.
S’il y en a beaucoup, on  peut pulvériser sur les cadres une préparation avec du bacillus thurigiensus spécial pour f-t de ruches (cf magasins apicoles), mais c’est un signe de faiblesse des colonies et il y aurait peut- être d’autres choses à faire (vérifier le couvain, la population, les provisions) pour s’assurer qu’elles peuvent passer l’hiver.

Rhododendron mellifère et non toxique

Question :

Je suis un « apiculteur » très amateur, dans le Finistère sud.
Actuellement je suis en train de faire un rucher en lisière de forêt.
Pour masquer et embellir l’entrée de ce rucher, je souhaiterai mettre quelques rhodos & azalées mellifères, qui viennent très bien dans ce type de terre.
Le problème c’est que les horticulteurs du secteur sont « infoutus » de me dire quelles variétés sont mellifères & surtout non toxiques, et sur internet il y a tout & son contraire.
D’où mon appel auprès de vous; quelles variétés préconisez-vous?
Merci de vos précieuses et mielleuses lumières.

Malheureusement, je n’ai pas de réponse à votre question…
Je monte depuis longtemps mes ruches sur le « Rhodo » comme on dit ici, mais c’est dans un coin spécifique, à une altitude allant de 1600m à 2200m, versant nord des Pyrénées, évidemment de fin juin à août (sinon risque de neige sur des colonies avec beaucoup de couvain).
Je crois qu’ il sagit d’une sous-espèce  de « Rhododendron ferrugineux »;  ils ne sont pas toxiques là où ils sont (en tout cas la faune locale dont les ours, et les ruminants transhumants n’en souffrent pas). Les abeilles en raffolent quand ça mielle bien, et en plus sont en meilleure forme que les autres quand je les redescends.Le miel est très doux, délicat, tout en finesse.
J’ai beaucoup entendu sur d’autres rhodos, dans d’autres régions, jusqu’aux contreforts de l’Himalaya où il fait parait-il tourner la tête aux abeilles et aux humains, mais jamais entendu de témoignage direct.
Par contre je sais par expérience que beaucoup de plantes peuvent être très mellifères dans un certain contexte, et peu ou pas, dans un autre (climat à la floraison, mais aussi celui de tout l’année, sol, altitude…etc).
Le mieux serait d’observer  la-dite plante dans un coin similaire à celui où vous voulez la planter (il y a des surprises parfois dans des châteaux, monastères où abbayes, chez des protecteurs de variétés anciennes où autres) et sinon, si on a le temps d’essayer soi-même …mais dans le cas des Rhodos Ferrugineux ce n’est peut-être pas la meilleure idée !
De mon côté, je met votre question et cette « réponse » dans mon blog peut-être quelqu’un réagira positivement.
Cordialement, Jérôme Sarre.

PS : ici quelques images du rhododendron sauvage dans les Pyrénées